Le mauvais choix de Manuel Valls

De deux décisions difficiles, celle de soutenir un candidat qui ne partage désormais que peu de choses avec ses convictions profondes et celle de trahir une parole donnée à son parti politique, Valls semble avoir choisi la pire.

Non seulement Manuel Valls n’est pas un simple électeur. C’est un militant encarté dont les actes exigent loyauté envers son parti. C’est aussi un homme d’État dont la parole exige qu’elle soit tenue en toutes circonstances.
Cette prise de position est donc contraire à l’idée de la morale publique dont il s’est si souvent fait le chantre.

Mais outre le problème moral, Manuel Valls se trompe de timing en préjugeant d’un second tour qui n’a pas encore eu lieu. En politique plus qu’ailleurs, la patience reste mère de toutes les vertus.
Je ne donne donc pas cher ni de la crédibilité de Manuel Valls auprès des électeurs français ni de son potentiel avenir politique.

Cela dit, soyons honnête : il aurait été (et il est…) très difficile pour lui (et pour d’autres…) de soutenir un candidat dont les orientations programmatiques sont en grande majorité irréconciliables avec celles mises en œuvre pendant cinq ans lors du quinquennat qui s’achève et défendues pendant la primaire.

Je crois aussi qu’il serait injuste de mettre autant de vigueur dans la dénonciation de la très contestable position de Manuel Valls sans évoquer la responsabilité dans ce désœuvrement général de nombre de responsables politiques, socialistes compris, frondeurs ou non, et au premier rang duquel François Hollande ne peut s’absoudre.

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Sans surprise mais avec conviction, je voterai, à nouveau, Manuel Valls.

Il y a cinq ans et deux mois, je votais Manuel Valls aux primaires de la gauche.

Social-démocrate assumé, il s’inscrivait dans le sillage d’une longue tradition française, décentralisatrice, pragmatique en matière économique, ouverte sur la société et surtout morale dans sa pratique du pouvoir.
Transgressif, il bousculait les habitudes, les codes et le langage d’un parti enkysté dans les convenances du politiquement correct, dans la nostalgie lancinante des années Miterrandiennes et dans le vote utile comme unique réponse à la montée de Front National.

Cinq ans plus tard s’achève avec panache un quinquennat riche d’actions au service des français. Recrutement de professeurs, de policiers et de gendarmes, mariage pour tous, généralisation du tiers payant, loi travail, loi NOTRe (de réforme territoriale), CICE, engagement des forces françaises au Mali, ratification de la COP21 nombreuses en sont les réalisations.
Premier Ministre, il aura eu la lourde tâche, aux côtés de François Hollande, de réformer le pays en gardant à coeur de redonner plus de protection à ceux qui souffrent tout en accordant plus de liberté à ceux créent, et plus d’unité à notre nation toute entière.
A l’audace d’un homme impétueux s’est ajouté la stature d’un homme d’Etat.

Pour l’homme, pour son projet, pour la gauche et surtout pour la France, sans surprise mais avec conviction, je voterai, à nouveau, Manuel Valls.

Politique et numérique, ça donne quoi ?

Cette semaine, je vous propose de découvrir un autre aspect de la communication politique, non abordée jusque-là : La communication Web et social media.

Le web 2.0

Il faut savoir que c’est Tim O’reilly qui a pour la première fois parlé du web 2.0.

Il s’agissait de faire la distinction entre un web essentiellement top-down fait d’interfaces graphiques aux informations descendantes, à un web collaboratif dans l’élaboration et aussi dans la diffusion des contenus.

On assistait alors à l’émergence de ce qu’on a appelé les blogs, les forums, les réseaux sociaux et les applications.

Nous vous avons préparé un petit tour d’horizon des apports du web 2.0 dans la vie politique.

Quand le Web 2.0 révolutionne la communication politique

Anaïs Théviot, chercheuse à Sciences-Po Bordeaux en distingue trois grandes utilisations pendant les campagnes électorales :

  • Le porte-à-porte ciblé via des bases de données d’électeurs
  • Le ciblage des appels aux dons
  • L’usage boulimique des réseaux sociaux

L’émergence de la data électorale

Les logiciels de bases de données ont vu le jour aux Etats-unis, avec la création de Nation Builder.

Porte-a-porteCe logiciel est utilisé lors de la première campagne présidentielle du Président Obama, devenu depuis lors référence ultime en matière de campagne numérique !

Il permet de construire son site de campagne, de gérer sa base de contacts, ses finances, d’adresser e-mails et SMS à ses partisans et d’organiser des campagnes ciblées.

Il est depuis repris par nombres de candidats français, à l’image de Patrick Mennucci candidat à la mairie de Marseille, dont le logiciel aurait contribué à faire la différence contre sa rivale de l’époque, Samia Ghali.

On peut citer aussi cinquante plus un, logiciel de cartographie électorale qui vise à structurer les porte-à-porte organisés par le Parti Socialiste.

Les limites du crowdfunding en France

En ce qui concerne, les systèmes de crowdfunding et d’appels aux dons, rappelons que la loi électorale française plafonne les dons privés.

De ce fait, les appels aux dons par internet n’ont que très peu de prise et les candidats peuvent déjà compter sur un montant élevé de subventions publiques.

Aux Etats-Unis, la tendance est contraire puisque les dons privés peuvent affluer de manière illimitée.

Les logiciels de crowdfunding disposent d’un terrain de développement outrement plus favorable qu’en France où ils s’adressent essentiellement aux financements d’ONG.

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La surpuissance des réseaux sociaux

De tous les outils qu’offre le Web 2.0, les réseaux sociaux se positionnent comme les acteurs incontournable de la révolution numériques.

Utilisés sous toutes les coutures et toutes les formes, les réseaux sociaux sont devenus le théâtre de véritables batailles politiques !

Ils favorisent l’émergence de petits candidats peu connus du grand public, boudés des grands médias et leur permettent d’exister en marquant leur présence sur le terrain médiatique.

De plus, ils sont devenus un lieu de contestations pour les marginalisés du débat public.


Les Réseaux Sociaux comme outils de relations de presse

Toutefois, la portée des réseaux sociaux a été constaté comme limitée, n’égalant toujours pas la puissance de la presse et des médias dits classiques.riposte-party_hollande_2012

Cependant, les réseaux sociaux s’imposent comme des vecteurs de partage d’information toujours plus rapides, à une vitesse telle qu’ils seraient en passe de devancer le travail journalistique.

Ainsi, les journalistes y puisent leurs informations et les hommes politiques rivalisent d’imagination pour attirer leur attention.

On assiste à de vastes opérations de mises en scène, mises en récit et mises en image des actions militantes.

Parfois, les réseaux sociaux deviennent eux-mêmes le sujet de reportages.

Il est utile de souligner le piège de la mise en scène, qui biaise l’authenticité des informations présentées.

Rien de tel, pour un homme politique, que de passer par la case terrain pour tâter le pouls de ses électeurs, leurs attentes et leurs ressentis à son égard.

Les Réseaux sociaux comme amplificateurs de terrain

Outre le fait d’attirer les medias traditionnels, le Web peut se présenter comme un amplificateur du travail de terrain.

Certaines équipes de campagne, à l’image de celle d’Anne Hidalgo lors de sa campagne pour la mairie de Paris, organisent et procèdent à un travail de rabattage militant dans le but convertir de simples sympathisants en véritables promoteurs de campagne.

Le web se trouve ainsi être une porte d’accès non négligeable pour de nombreux militants politiques.

Cependant, deux bémols semblent persister au sujet des réseaux sociaux :

Leur fonctionnement en vase clos et le piège fâcheux de la mise en scène.

On a rarement vu une personne dépolitisée chercher à se raccrocher au débat public par le biais des réseaux sociaux.

Ainsi, la presse conserve un rôle primordial et complémentaire à celui des réseaux sociaux.

Les dernières évolutions en matière de Web et politique : vers une normalisation généralisée des modèles d’expression ?

D’un côté, les citoyens prennent de plus en plus de recul quant à l’événementialisation de l’actualité politique.

De l’autre, les hommes politiques ne peuvent ignorer le caractère incontournable des medias sociaux. Ils conçoivent et mettent en oeuvre des stratégies toujours plus ambitieuses et toujours plus coûteuses.

civic-techLes civictechs – ces nouveaux outils du numériques adaptés à la sphère publique – sont donc devenus un véritable business.

Nombreuses sont les entreprises et start-up (américaines tout d’abord, européennes ensuite) qui investissent dans le domaine.
Des logiciels ou des applications, souvent complétés de formations à destination des militants ou des responsables politiques, sont proposés en échange de sommes aux montants pharaoniques.


Un marché novateur qui parait avoir encore de beaux jours devant lui… au moins tant que les finances publiques le permettent !

Ire

Je n’ai jamais vu aucun pays au monde, je dis bien au monde, aussi conservateur que la France.

Dans tous les pays d’Europe, les accords d’entreprises sont bien plus compétents qu’en France. Tous ont réformé leur marché du travail avec pour conséquence indiscutable : la création d’emplois. Il suffit de prendre l’exemple espagnol, créateur en un an de plus de 300 000 emplois.

Le conservatisme français, c’est avant tout cette volonté de changer pour les autres mais jamais pour soi-même. Le conservatisme français, c’est cette mentalité fière et prétentieuse, qui est incapable de manger autre chose que de la côte de bœuf et des frites passé la frontière, qui croit sa langue immuable et pure refusant toute créolisation et moquant tous ceux qui ne la parlent pas correctement, qui ne jure que par le droit, l’impôt et la norme formelle ou sociale.

Pour travailler, il faut un diplôme avec des chiffres. Pour enseigner, il faut être reconnu par l’État. Pour parler, il faut être « habilité à ». Pour être élu, il faut être vieux. Pour entreprendre, il vaut mieux ne pas prendre de risques sous peine d’être fiché à vie par tribunal du commerce.

La France peut être merveilleuse de par son histoire riche et ancienne, sa culture diverse et métissée et son potentiel de coopérations internationales francophones, européennes, africaines et tout simplement universelles. Mais la France c’est aussi ça : un vieux pays indécrottable de conservatisme.

Je suis excédé par ces personnes qui partagent des tas d’articles formidables écrits par des personnes aux métiers importants avec des graphiques compliqués signés par de personnes célèbres pour m’expliquer ce que doit être mon dimanche, mon temps de travail et ma retraite.

Je suis de gauche, je suis socialiste, je mourrai socialiste. J’aime Manuel Valls, j’aime l’entreprise et je soutiens la réforme du marché du travail. Et je l’assume.

Un petit peu de pédagogie.

Emmanuel Macron a cette rare qualité qui est de connaître l’économie française dans sont entièreté et dans son détail.

Il a acté l’évolution des structures économiques vers une grande multiplicité allant du micro-entrepreneuriat, à l’auto-entrepreneuriat, du travail en free-lance à l’artisanat sans oublier l’émergence toujours plus nombreuse des Start-up, PME et TPE.

Il a également acté le changement de rôle de ces entreprises, présentant désormais des solutions en vue de procurer un « bien être » supplémentaire et non simplement de vendre un objet déterminé. Ce qui induit que le progrès technique ne s’oppose pas à terme au progrès social puisque tant qu’il y aura des hommes, il y aura des besoins, et ce, de toutes natures que ce soit.

Je crois qu’on peut y ajouter l’évolution même du sens de la valeur que l’on donne au travail. Nous assistons à un basculement d’une vision essentiellement quantitative d’un travail borné par les « acquis sociaux », à une vision plus qualitative. Il y a volonté de s’épanouir au travail. Un travailler mieux qui n’est pas sans contradiction avec le travailler moins.

Le sens de l’action de ce gouvernement est de permettre 1. la création 2. l’expansion 3. l’adaptabilité.
La logique de la réforme du code du travail s’inscrit dans cette troisième optique. La localité plutôt que la centralisation, la démocratie participative plutôt que la démocratie indirecte, les accords d’entreprise plutôt que la verticalité du droit français.

Bref, la deuxième gauche.

A voir : Comment le gouvernement va faire bouger les lignes pour relancer l’emploi ?

François Hollande a gagné son par(t)i.

Loin de moi l’idée de vouloir usurper les propos de notre cher Guillaume Alévêque, je me permets de lui emprunter humblement un titre qui me sonne si juste.

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Aujourd’hui, tremblement de terre en France, la motion A « le renouveau socialiste » arrive en tête des élections pré-congressistes du Parti Socialiste. La foule en liesse s’exalte dans la rue, roses à la main, fleurs au fusil et poings levés. Non, vous l’aurez compris, rien de tout cela n’est arrivé.
Et pourtant ce « mini-événement » politique n’en est pas moins éloquent.

Insoupçonné en 2009, François Hollande gravit les marches du pouvoir une à une, scrutin après scrutin, ralliement après ralliement. Il évite les phrases blessantes, les positions rugueuses et les excès d’orgueil. Maître dans l’art politique, il laisse ses adversaires s’épandre, se compromettre puis s’épuiser. Il gagne.

Après une courte victoire et une euphorie somme toute limitée, la gauche nouvellement élue a connu des désillusions confrontée à une réalité économique en-deçà de ses anticipations, des interrogations sur sa ligne idéologique et ses choix politiques, puis des échecs électoraux successifs. A tel point que l’on fut en droit de se demander si François Hollande avait encore un avenir politique et s’il avait encore les moyens de finir son mandat tant il était contesté au sein même de son propre camp.

Et pourtant, après trois ans de gouvernement, que reste-t-il comme alternative de gauche à la politique de François Hollande ?

Des anciens rivaux ? Quand ils n’ont pas fait le choix de ralliement pour être ministres, ils ont fait le choix de l’intérêt du parti. Martine Aubry l’a annoncé le mois dernier, elle soutiendra la motion majoritaire. Ségolène Royal, numéro 2 du gouvernement a renoncé à toute ambition présidentielle. Laurent Fabius fait désormais partie des poids lourds du gouvernement.

Une figure montante ombrageante ? Manuel Valls est aujourd’hui Premier Ministre et n’a d’autre intérêt pour sa réussite future que celle que de faire réussir le quinquennat de François Hollande.

Une opposition plus à gauche ? Après une détente des relations diplomatiques avec les verts, le Président de la République a entamé celle d’avec les frondeurs. Le vote de ce soir leur a infligé une sévère déconvenue qui entérine la ligne gouvernementale et, sacre la légitimité de François Hollande.

Inutile de ramer en vents contraires, plutôt attendre et redoubler d’effort quand la situation nous est favorable puisque tout s’en va et que tout finit par revenir. Une théorie des cycles à laquelle François Hollande croit tant et maîtrise non sans un certain talent. Aujourd’hui, il a gagné son par(t)i, celui de l’unification de son camp.
Une nouvelle page se tourne donc. Un « renouveau » se profile, celui de la préparation au combat contre l’adversaire, le vrai, la droite et bien pire encore, l’extrême droite.

Les élections britanniques en trois mots : What a surprise !

On t’annonçait une campagne morne et chiante – et elle l’était -, des conservateurs et des travaillistes au coude-à-coude à 35%.
Oui, mais voilà, hier c’était « polling day », jour d’élection au Royaume-Uni et des millions d’électeurs britanniques se sont rendus aux urnes. A partir de 2h du matin, les chaînes d’information en continu ont commencé à égrainer les résultats circonscription par circonscription comme d’accoutumé. La nuit fut longue, douloureusement longue, et puis tu te réveilles.
Non seulement, le parti conservateur remporte les élections, mais il décroche contre toute attente la majorité absolue. Le parti travailliste quant à lui enregistre sa plus sévère défaite depuis 1987, sous une certaine Margaret Thatcher.
Conséquence : son chef, Ed Miliband annonce sa démission, suivi de celle Nick Clegg, suivi de celle Nigel Farage. Inédit.
Résultat des courses, David Cameron règne en maître absolu sur un Royaume-Uni désuni et Nicola Sturgeon en reine d’ une Écosse toujours plus jaune. En raflant 56 des 59 sièges Ecossais, les nationalistes boutent hors de leur territoire toute miette de politique unioniste et deviennent la troisième force politique de Westminster.

Résultats des élections générales du Royaume-Uni de 2015
Résultats des élections générales du Royaume-Uni de 2015